Quand on séjourne aux Volets Bleus, on entend tout de suite que le pays catalan n'est pas seulement une étiquette touristique. Les enfants apprennent le catalan à l'école, les fêtes de village se tiennent en catalan, et la senyera — le drapeau à bandes rouges et jaunes — flotte aux fenêtres aussi naturellement que le drapeau français. Voici les clés pour comprendre.

Aux origines : la Catalogne médiévale

L'histoire commence au IXᵉ siècle. Charlemagne crée la Marca Hispanica (Marche d'Espagne), une zone tampon entre l'Empire carolingien et le califat de Cordoue. Cette marche est divisée en comtés, dont celui de Roussillon, qui couvre l'actuel département des Pyrénées-Orientales.

Au fil des siècles, ces comtés se rassemblent autour du comté de Barcelone. C'est l'âge d'or de la Catalogne médiévale : on y parle une langue romane unique, le catalan, on y bâtit des églises romanes d'une beauté singulière, on y développe une économie agricole et marchande prospère.

Le Royaume de Majorque (1276-1349)

En 1276, à la mort de Jacques Iᵉʳ d'Aragon, le royaume est partagé. Son fils Jacques II hérite d'un nouveau Royaume de Majorque qui regroupe les Baléares, le Roussillon, la Cerdagne et Montpellier. Sa capitale continentale est Perpignan.

Cette période courte (à peine 70 ans) laisse une empreinte forte. Le Palais des Rois de Majorque, encore visible à Perpignan, témoigne du raffinement de cette cour. Les abbayes du Conflent — Saint-Michel-de-Cuxa, Saint-Martin-du-Canigó — sont alors à leur apogée.

En 1349, le royaume est réintégré à la Couronne d'Aragon. Le Roussillon redevient catalan jusqu'à 1659.

Le Traité des Pyrénées : 1659

Le 7 novembre 1659, dans la salle de l'Île des Faisans, sur la frontière franco-espagnole, Mazarin et Don Luis de Haro signent le Traité des Pyrénées. La France récupère le Roussillon, le Conflent, le Vallespir et une partie de la Cerdagne — la Catalogne du Nord, comme on l'appelle aujourd'hui.

La frontière coupe certains villages en deux. Llívia, enclave espagnole en territoire français, en est l'exemple le plus spectaculaire. Le pays catalan reste néanmoins culturellement uni : on continue à parler catalan, à célébrer les mêmes saints, à cuisiner les mêmes plats.

L'art roman catalan : un trésor à ciel ouvert

Le département des Pyrénées-Orientales abrite une concentration exceptionnelle d'églises et abbayes romanes des Xᵉ-XIIᵉ siècles. À une heure de Prunet-et-Belpuig, on peut visiter :

  • L'abbaye de Saint-Michel-de-Cuxa (Codalet) : son clocher carré crénelé, son cloître dont une partie est exposée au Cloisters Museum à New York
  • L'abbaye Saint-Martin-du-Canigó : nichée à 1100 m d'altitude, accessible uniquement à pied (45 minutes de montée), restaurée par les frères de la Communauté des Béatitudes
  • Le prieuré de Serrabona (Boule-d'Amont) : sa tribune en marbre rose sculpté est unique en son genre
  • L'église Sainte-Marie d'Arles-sur-Tech et son sarcophage qui produit miraculeusement de l'eau
  • La chapelle de la Trinité de Prunet : à 30 minutes de marche du gîte, fondée au XIᵉ siècle

La langue catalane : vivante et aimée

Le catalan n'est pas un patois, c'est une langue romane à part entière, apparue au IXᵉ siècle, parlée aujourd'hui par environ 10 millions de locuteurs en Catalogne (Espagne), Pays Valencien, Baléares, Andorre, Sardaigne (à Alghero) — et dans les Pyrénées-Orientales.

En France, après une longue période de déclin (l'école républicaine n'enseignait que le français), le catalan revit depuis les années 1980. Les écoles bilingues françaises-catalanes, les Bressoles (écoles immersives), et les universités enseignent la langue. Vous l'entendrez sur les marchés, dans les fêtes, et verrez les panneaux toponymiques en bilingue.

Quelques mots utiles à glaner pendant votre séjour :

  • Bon dia — bonjour
  • Adéu — au revoir
  • Sí us plau — s'il vous plaît
  • Gràcies — merci
  • Visca Catalunya! — Vive la Catalogne ! (entendu dans les fêtes)

La fête de la Saint-Jean et le feu sacré du Canigó

C'est la tradition catalane par excellence. Le 22 juin de chaque année, au sommet du Canigó (2784 m), des marcheurs allument une flamme à partir de fagots déposés tout au long de l'année par les villages catalans, du nord et du sud des Pyrénées.

Cette flamme — le Foc de Sant Joan (Feu de la Saint-Jean) — est ensuite portée à pied par des relayeurs jusqu'à plus de 350 villages des deux côtés de la frontière, où elle allume les feux de la Saint-Jean dans la nuit du 23 au 24 juin. C'est le symbole le plus fort de l'unité du peuple catalan.

Si vous séjournez aux Volets Bleus en juin, ne manquez pas la cérémonie d'allumage à Prunet-et-Belpuig ou dans les villages voisins. C'est une nuit de musique, de sardanes (la danse traditionnelle) et de pâtisseries (la coca de Sant Joan).

Gastronomie catalane : ce qu'il faut goûter

La cuisine catalane mêle influences espagnoles, méditerranéennes et montagnardes. Quelques incontournables :

  • La cargolade — escargots cuits sur la braise avec aïoli, plat convivial des fêtes de village
  • La boles de picolat — boulettes de viande aux olives et aux haricots blancs
  • La rouille de seiche — spécialité du littoral, à goûter à Collioure ou Argelès
  • Le cake catalan — gâteau aux fruits confits et au rhum
  • La crème catalane — cousine de la crème brûlée, parfumée au citron et à la cannelle
  • Les vins doux naturels du Roussillon : Maury, Banyuls, Rivesaltes ambré

Catherine vous recommandera ses adresses favorites dans les villages alentour, des bistrots aux tables étoilées.

5 lieux pour s'imprégner du pays catalan

Si vous voulez prendre la pleine mesure de cette identité catalane pendant votre séjour aux Volets Bleus, voici cinq lieux à mettre absolument au programme :

  1. Castelnou (25 min) — l'un des Plus Beaux Villages de France, son château vicomtal du Xᵉ siècle, ses ruelles pavées et ses ateliers d'artisans
  2. Eus (35 min) — le « village le plus ensoleillé de France », perché sur son éperon rocheux, lumière magique au coucher du soleil
  3. Céret (30 min) — capitale de la cerise et ville d'art, fréquentée par Picasso, Matisse et Soutine, son Musée d'Art Moderne abrite leurs œuvres
  4. L'abbaye Saint-Michel-de-Cuxa (40 min) — monastère bénédictin du IXᵉ siècle, festival Pablo Casals chaque été en juillet-août
  5. Perpignan (50 min) — capitale historique du Royaume de Majorque, son Palais des Rois, son centre médiéval, ses fêtes en catalan

Conclusion : un séjour qui devient un voyage

Venir aux Volets Bleus, ce n'est pas juste louer une maison. C'est entrer un peu dans cette histoire millénaire, dans cette langue qu'on entend chanter sur les marchés, dans ces traditions qui battent encore vivantes dans les villages. Catherine, qui a appris à aimer cette terre en restaurant la maison aux volets déjà bleus, partagera volontiers ses adresses, ses lectures, ses récits.

Le pays catalan se mérite un peu : il faut prendre le temps des routes sinueuses, des marchés du matin, des longues conversations dans les bistrots de village. Mais il offre en retour une intensité d'expérience rare en France métropolitaine.

Visca Catalunya, i bona estada!